Nous sommes
le 31 mars 1996, le soleil n'est pas encore levé que les coureurs se
préparent déjà à prendre un petit déjeuner
copieux. L'impatience de prendre le départ commence à se faire
sentir, chaque coureur a ses petites manies avant le marathon. Pour patienter,
certains s'amusent à calculer leur temps de passage pour l'écrire
sur l'avant bras (avec la sueur, au bout de quelques kilomètres, tout
est déjà effacé), d'autres s'échauffent à
n'en pas finir, de peur d'être trop raide
(ne se leurrons pas, échauffement ou pas, après 35 km de course
, les jambes sont comme du bois et il faut faire avec). Cette fois, c'est le
moment du départ, la température est froide: -5 °C. Mon coeur
bat la chamade, le coup de feu retentit, et c'est parti pour un tour. C'est
l'inconnu, sur un marathon, il y a toujours des surprises, des bonnes comme
des mauvaises.
Pierre est parti comme une flèche, moi
je préfère prendre mon temps pour ne pas trop craquer sur la fin.
Nous sommes 350 coureurs environ mais seulement une quinzaine de filles. Le
parcours est magnifique, au cinquième kilomètre, nous traversons
un petit village encore endormi, puis nous découvrons la campagne dans
toute sa splendeur. Courir 42 km en pleine nature me réjouie. Cette course
n'a rien à voir avec d'autres grands marathons des villes, comme Paris
ou New York. Le marathon du Cher se veut familial et convivial. Rien à
voir avec la masse humaine impressionnante dans les rues de Paris, courir en
ville est un autre plaisir. J'avoue préférer le calme plutôt
que le bruit et les bousculades.
Au 35ème kilomètre j'arrive à la rencontre d'un coureur
avec qui j'avais discuté au petit déjeuner. C'est son premier
marathon, il pensait mettre 3h15 environ mais difficile de savoir ce que l'on
vaut lorsque l'on n'a jamais fait encore la distance. Il souffre énormément
et s'inquiète de douleurs violentes dans les jambes. Il s'arrête,
"j'ai les jambes comme du bois, ça fait un mal de chien" me
dit-il. Je lui réponds qu'il ne doit pas s'inquiéter, c'est normal
d'avoir très mal aux jambes sur la fin, c'est juste une question d'habitude,
il faut dépasser ça et ne penser qu'à finir. Je lui propose
de courir avec moi, il reprend sa foulée titubante: 2 km plus loin, il
décide de s'arrêter un moment, je ne peux l'attendre, j'ai peur
de me refroidir et de ne plus redémarrer. Arrivée au 40ème
kilomètre je me sens vraiment bien, même si la fatigue est là.
II me reste 2 kilomètres et le clocher du village d'Aubigny est en point
de mire. Pierre, ayant fini sa course, vient à ma rencontre. Il m'aide
à finir et me pousse même à terminer les 200 derniers mètres
en sprint. Je m'élance avec les dernières forces qui me restent.
Je passe la ligne d'arrivée, c'est la délivrance et quelle joie
d'aller jusqu'au bout. Je viens de faire mon meilleur temps, 3h41. une heure
après que Pierre est terminé en 2h52. J'ai encore du chemin à
faire!
d'un marathon.
J'ai vu des durs à cuire fondre en larmes dans les bras de leur femme
ou des copains main dans la main pour franchir la ligne d'arrivée avec
la satisfaction d'avoir été au bout d'eux-mêmes. Mais il
n'y a pas que l'arrivée, toute l'épreuve est un enchantement.
Il y a l'effort de courir, bien sur, mais il y a surtout le plaisir de partager
une passion avec des personnes .de tout âge, métier ou pays. Lorsque
l'on a vaincu sa souffrance - car le marathon est aussi une souffrance surtout
du Même au 42ème kilomètre - on se sent heureux d'avoir
donné le meilleur de soi-même afin d'arriver au but tant rêvé.
Le marathon est pour moi une des meilleures façons de tester sa volonté
et de se connaître mieux.
Isabelle.
Isabelle