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L'Asphalte Magazine numéro 1, novembre 1996

 

Aubigny/Nère: Marathon du Cher

 

Nous sommes le 31 mars 1996, le soleil n'est pas encore levé que les coureurs se préparent déjà à prendre un petit déjeuner copieux. L'impatience de prendre le départ commence à se faire sentir, chaque coureur a ses petites manies avant le marathon. Pour patienter, certains s'amusent à calculer leur temps de passage pour l'écrire sur l'avant bras (avec la sueur, au bout de quelques kilomètres, tout est déjà effacé), d'autres s'échauffent à n'en pas finir, de peur d'être trop raide
(ne se leurrons pas, échauffement ou pas, après 35 km de course , les jambes sont comme du bois et il faut faire avec). Cette fois, c'est le moment du départ, la température est froide: -5 °C. Mon coeur bat la chamade, le coup de feu retentit, et c'est parti pour un tour. C'est l'inconnu, sur un marathon, il y a toujours des surprises, des bonnes comme des mauvaises.


Pierre est parti comme une flèche, moi je préfère prendre mon temps pour ne pas trop craquer sur la fin. Nous sommes 350 coureurs environ mais seulement une quinzaine de filles. Le parcours est magnifique, au cinquième kilomètre, nous traversons un petit village encore endormi, puis nous découvrons la campagne dans toute sa splendeur. Courir 42 km en pleine nature me réjouie. Cette course n'a rien à voir avec d'autres grands marathons des villes, comme Paris ou New York. Le marathon du Cher se veut familial et convivial. Rien à voir avec la masse humaine impressionnante dans les rues de Paris, courir en ville est un autre plaisir. J'avoue préférer le calme plutôt que le bruit et les bousculades.


Au 35ème kilomètre j'arrive à la rencontre d'un coureur avec qui j'avais discuté au petit déjeuner. C'est son premier marathon, il pensait mettre 3h15 environ mais difficile de savoir ce que l'on vaut lorsque l'on n'a jamais fait encore la distance. Il souffre énormément et s'inquiète de douleurs violentes dans les jambes. Il s'arrête, "j'ai les jambes comme du bois, ça fait un mal de chien" me dit-il. Je lui réponds qu'il ne doit pas s'inquiéter, c'est normal d'avoir très mal aux jambes sur la fin, c'est juste une question d'habitude, il faut dépasser ça et ne penser qu'à finir. Je lui propose de courir avec moi, il reprend sa foulée titubante: 2 km plus loin, il décide de s'arrêter un moment, je ne peux l'attendre, j'ai peur de me refroidir et de ne plus redémarrer. Arrivée au 40ème kilomètre je me sens vraiment bien, même si la fatigue est là. II me reste 2 kilomètres et le clocher du village d'Aubigny est en point de mire. Pierre, ayant fini sa course, vient à ma rencontre. Il m'aide à finir et me pousse même à terminer les 200 derniers mètres en sprint. Je m'élance avec les dernières forces qui me restent. Je passe la ligne d'arrivée, c'est la délivrance et quelle joie d'aller jusqu'au bout. Je viens de faire mon meilleur temps, 3h41. une heure après que Pierre est terminé en 2h52. J'ai encore du chemin à faire!

d'un marathon. J'ai vu des durs à cuire fondre en larmes dans les bras de leur femme ou des copains main dans la main pour franchir la ligne d'arrivée avec la satisfaction d'avoir été au bout d'eux-mêmes. Mais il n'y a pas que l'arrivée, toute l'épreuve est un enchantement. Il y a l'effort de courir, bien sur, mais il y a surtout le plaisir de partager une passion avec des personnes .de tout âge, métier ou pays. Lorsque l'on a vaincu sa souffrance - car le marathon est aussi une souffrance surtout du Même au 42ème kilomètre - on se sent heureux d'avoir donné le meilleur de soi-même afin d'arriver au but tant rêvé. Le marathon est pour moi une des meilleures façons de tester sa volonté et de se connaître mieux.
Isabelle.

 


Isabelle