Le suivi de la fréquence cardiaque à l'effort permet
d'estimer assez précisément l'intensité du travail. On
sait en effet qu'il existe une relation linéaire entre les deux jusqu'à
un seuil de décrochage au-delà duquel le pouls augmente plus vite
que l'effort. Ce ''point de déflexion'' signale l'épuisement prochain.
Aussi, l'utilisation d'un cardio-fréquencemètre en course ou à
l'entraînement constitue un indicateur de fatigue précieux pour
éviter de se mettre trop régulièrement dans le rouge [...].
Actuellement, les programmes d'entraînement s'articulent presque tous
autour de la surveillance du rythme cardiaque. [...]. En fait, il ne faut jamais
oublier que la fréquence cardiaque se trouve sous l'influence de l'effort
certes, mais également du manque de sommeil, du stress, de l'alimentation,
de la chaleur ou de l'altitude et, en se focalisant sur son rythme cardiaque
et ses vitesses de course, on risque d'interpréter les moindres modifications
comme les signes d'une altération de l'entraînement alors qu'il
ne s'agit que d'influences temporaires dues à l'environnement.
En revanche, il faut prêter beaucoup d'attention à deux types de
situations: la première lorsque l'organisme s'avère incapable
de s'élever à un quelconque niveau d'effort; la seconde lorsque
le pouls redescend très lentement à la fin de la séance.
Il faut savoir en effet que le coeur se trouve sous deux types d'influence du
système nerveux végétatif: celle du sympathique, dont l'adrénaline
constitue le messager, qui accélère le rythme et accroît
la force de contraction; et celle du parasympathique, gouvernée par l'acétylcholine
et qui exerce un effet modérateur exactement inverse du précédent.
En cas de surentraînement ou de maladie, on peut enregistrer une fatigue
" sympathique " au cours de laquelle le coeur ne ''monte'' plus: c'était
le cas, par exemple, du suisse Rominger qui avant d'abandonner dans le dernier
Tour de France se disait incapable d'élever son rythme cardiaque au-delà
de 140 pulsations/minute en raison de troubles digestifs. Mais on peut également
courir le risque d'une fatigue ''parasympathique'' où le coeur ne descend
plus que très difficilement dans les phases de récupération
à la fin de l'effort. Aussi, la surveillance de la fréquence cardiaque
ne doit pas se restreindre à la période d'effort mais se prolonger
dans les minutes, voire les heures qui suivent la fin de l'effort. La fréquence
cardiaque du matin apporte aussi de précieuses indications. On sait qu'un
champion comme Miguel Indurain a un pouls au lever qui se situe à 28,
mais ce n'est pas tellement cela l'important. Sa véritable force réside
dans le fait que même après une étape de montagne particulièrement
éprouvante, ce pouls reste stable ou, dans le pire des cas, augmente
de 4 ou 5 unités. Cela signifie que les efforts de la veille ont été
bien digérés. En revanche, un pouls au lever qui s'élève
de plus de 10 pulsations d'un jour à l'autre constitue le premier signal
d'un état d'épuisement. Autre symptôme révélateur:
un écart de 20 unités entre la fréquence cardiaque prise
en position allongée et celle prise debout marque un début de
fatigue ou un déficit de sommeil.
L'alimentation joue aussi un très grand rôle. En cas de déshydratation,
par exemple le pouls grimpe très vite. Pourquoi? C'est assez facile à
comprendre. Pour conserver son homéothermie, le corps se couvre de sueur
qui en s'évaporant apporte un peu de fraîcheur à la peau.
Par ce système, l'organisme perd parfois plus d'un litre par heure, c'est
à dire une grosse quantité de liquide principalement prélevé
sur le plasma sanguin. Si pendant cette période l'athlète renonce
à boire, le volume sanguin va progressivement diminuer. Pour maintenir
le débit, le coeur devra donc logiquement accélérer la
cadence.
En physiologie, on parle alors de dérive cardiaque. En outre, les conditions
dans lesquelles le coeur doit fournir son travail deviennent de plus en plus
pénibles. Une vasoconstriction périphérique se met en place
pour compenser les pertes plasmatiques. En clair, cela veut dire que le diamètre
des artères se réduit légèrement, ce qui complique
le passage du sang devenu lui-même plus visqueux en raison de la surabondance
d'éléments solides: globules rouges et blancs. Dans ces conditions,
la fatigue survient beaucoup plus vite et, au bout d'un moment, l'activité,
doit être carrément interrompue. L'athlète qui s'entraîne
avec un cardio-fréquencemètre doit donc toujours être vigilant
à une dérive de sa fréquence cardiaque due à un
état latent de déshydratation. Pour éviter cela, il faut
qu'il boive tout au long de l'effort.
Dans d'autres circonstances, on peut observer sur le cardio-fréquencemètre
que le coeur n'arrive plus à ''monter dans les tours''. On se sent incapable
d'intensifier son effort et cela en dépit d'un pouls relativement bas.
C'est alors un état d'hypoglycémie qui doit être envisagé.
En effet, lors d'efforts prolongés, les réserves de glycogène
baissent progressivement. Lorsque les stocks de ''super'' commencent à
se tarir, le sujet se tourne vers d'autres types de carburants, comme les graisses
et les protéines. Mais ceux-ci brûlent plus difficilement et génèrent
davantage de déchets. Le sujet ne peut donc maintenir son niveau d'effort
sous peine d'encrasser son organisme. Il faut ralentir l'allure, ce qui se traduit
aussitôt par une diminution du rythme cardiaque. Il n'y a pas véritablement
d'antidote à ce phénomène que les marathoniens connaissent
sous l'expression ''cogner le mur''. Tout au plus pourra-t'on s'efforcer de
le retarder en faisant le plein de glycogène lors des traditionnelles
''pasta-party'' avant l'épreuve. Ce stockage de glycogène revêt
aussi un autre avantage. Chaque gramme stocké dans les cellules retient
avec lui 2,7 grammes d'eau. On se met donc en même temps à l'abri
d'une déshydratation et d'un coup de pompe trop rapide. Des études
ont d'ailleurs montré que, dans des conditions standardisées d'effort,
l'alimentation influençait la fréquence cardiaque. Si on fait
le plein de glycogène avant une course, on affiche un pouls plus bas
pour un même niveau d'effort que si l'on a suivi une alimentation pauvre
en glucides. La différence peut atteindre plus de douze battements par
minute. L'explication de ce phénomène
réside sans doute dans une mauvaise adaptation de notre organisme à
l'oxydation des graisses et au mauvais
rendement énergétique de celle-ci. Mais cette expérience
-très facilement reproductible par chacun de nous-
confirme que c'est bien le stockage du glycogène qui détermine
le niveau de performance en compétition.
Enfin, dernier élément d'ordre alimentaire à prendre en
ligne de compte lorsqu'on analyse les résultats
de son cardio-fréquencemètre; l'éventuelle prise d'excitants
comme la caféine présente dans le café, bien sûr,
mais également dans le coca ou dans le thé. Cet alcaloïde
a la réputation de favoriser la mobilisation des lipides
de réserve, mais également d'améliorer la vigilance avant
le départ. Il provoque une élévation sensible du pouls
au repos (parfois de l'ordre de 10 à 20 battements par minute), mais
celle-ci demeure sans impact sur la
fréquence cardiaque d'effort. Il se pourrait même que l'exercice
s'accomplisse à une fréquence cardiaque
légèrement plus basse qu'en l'absence de caféine. Cela
a été observé chez certains individus, mais demande
confirmation... et explication!
Denis Riché (Sport et Vie n°26 et 27)